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Maryline Filippi Maryline Filippi
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La Responsabilité Territoriale des Entreprises, agenda de recherche
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La Responsabilité Territoriale des Entreprises, agenda de recherche

À l’heure des transitions imposées par les enjeux actuels et futurs, la Responsabilité Territoriale des Entreprises (RTE) apparait comme une démarche favorable pour initier la dynamique nécessaire à l’élaboration des mutations devant s’opérer pour relever les défis actuels. 

La RTE : une notion familière ? 

Si, à l’instar de la RSE, la RTE en appelle à la responsabilité de l’entreprise elle s’en distingue par le lien qu’elle crée avec le territoire, sa démarche collective impliquant l’ensemble des acteurs (création « d’écosystèmes locaux » pérennes) et une volonté de répondre à des besoins avérés et concrets de la population (emploi, santé, culture, environnement, mobilité…). Ainsi, la RTE s’inscrit dans un double basculement passant d’une logique individuelle à une logique collective privilégiant la réponse à des besoins plutôt qu’à l’offre de nouvelles consommations. Elle participe pleinement de la transformation des entreprises conventionnelles initiée par la Loi PACTE (2019) qui consacre la notion jurisprudentielle d’intérêt social et affirme la nécessité pour les sociétés de prendre en considération les enjeux sociaux et environnementaux inhérents à leur activité.  De leur côté, en raison de leur utilité sociale (Loi ESS, 2014), les entreprises de l’ESS, sembleraient de fait, s’inscrire naturellement dans un tel concept. Ainsi, avec la RTE, tous les acteurs – entreprises, collectivités, structures socio-économiques, …- sont embarqués collectivement dans la recherche et la mise en place de solutions locales.

Vers un renforcement de l’ancrage territorial

 La RTE tient un rôle dans un développement territorial plus soutenable aux impacts positifs et vertueux, en créant de nouvelles solidarités et en positionnant les territoires comme lieux privilégiés de ces innovations sociales et territoriales. Elle ne relève pas seulement de la maîtrise par les entreprises de leurs externalités, mais aussi de leur capacité à combiner leur stratégie avec celles des autres acteurs locaux. Dès lors le territoire permet de penser la RTE comme une manière de s’ancrer au sein de la communauté entre lieu de vie et lieu de préoccupation. L’ancrage des entreprises est, de fait, reconsidéré à l’aune de son impact sur le tissu socio-économique et sur la création de valeur durable créée ; il devient un choix stratégique.   

Innover pour entreprendre en collectif pour le bien commun

La RTE questionne alors sur la capacité des collectifs à créer du lien, du sens et de la valeur partagée. « Sa spécificité est de faire porter l’attention sur le collectif, et en conséquence, sur le droit à l’expérimentation pour analyser la complexité des processus de développement territorial. ». Aussi, il est essentiel d’une part d’avoir des lieux de discussion et de concertation pour faire converger les intérêts et atténuer les tensions, mais d’autre part, d’avoir des acteurs intermédiaires, publics ou privés, afin de co-construire des processus de résolution et de gouvernance. 

De nouveaux axes de recherche

La RTE ouvre donc des pistes de recherche sur notamment la création des processus de coopération territoriale entre des acteurs hétérogènes ou aux intérêts potentiellement antagonistes, les dimensions de gouvernance territoriale participative, de nouveaux partenariats publics – privés ou encore l’évaluation d’un tel processus.

« Repenser les processus de développement au niveau des territoires comme socle d’action collective exige un élargissement de la prise en compte des aspirations sociétales en matière d’emploi et de revenus mais aussi d’alimentation, de santé, de préservation de l’environnement et d’action inclusive. Dans cette perspective, les entreprises de l’ESS, coopératives, associations…, avec leur modèle démocratique et humain, ont un rôle premier à jouer, mais pas seules. La RTE s’inscrit comme une notion susceptible de favoriser les transitions en répondant de façon concomitante aux enjeux locaux et globaux de l’Agenda 2030. »